Bâchage d’un tunnel maraîcher

vendredi 22 février 2019
par  DEA
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L’exploitation comporte sept tunnels maraîchers sous lesquels sont cultivés des légumes en toute saison. Le mistral ayant abîmé de nombreux tunnels à l’hiver 2019, il a fallu remplacer les bâches de trois d’entre eux qui accueilleront courgettes et aubergines au printemps.

La plantation sous abris possède de nombreux avantages en maraîchage : l’atmosphère, l’hygrométrie et la température y sont maîtrisées avec plus ou moins de précision et permettent d’accélérer la pousse des légumes en saison, ou de les cultiver hors période à la saison froide. Pour les maraîchers, cela permet d’allonger la période de production tout en réduisant les cycles des cultures, ce qui augmente le rendement global et le chiffre d’affaire à l’année.

Les tunnels de l’exploitation
Dans les tunnels froids de l’exploitation, il est possible de jouer sur la température sous serre grâce à la mise en place ou le retrait de portes, la mise en place d’un voile de forçage au dessus des plants, et éventuellement l’utilisation d’un paillage noir qui capte davantage la chaleur que le sol. L’hygrométrie est maîtrisée grâce à l’irrigation, qui peut être au choix un goutte à goutte ou une aspersion (quand nous ne sommes pas bloqués par une fuite sur une vanne extérieure, comme cela arrive souvent). Les tunnels ont même la possibilité d’être arrosés automatiquement grâce à des programmateurs, mais ceux-ci ne sont pas opérationnels pour le moment.

Les 7 tunnels de l’exploitation sont groupés sur l’îlot "La Castelette"

En hiver, les tunnels accueillent de façon régulière des salades, mais la diversification de l’assolement prévue permettra d’occuper l’espace avec des oignons, de l’ail, des choux, des légumes racines ou toute autre culture. En été, on trouve dans les tunnels courgettes et aubergines. Entre deux cultures, des implantations d’engrais verts sont mises en place petit à petit afin de favoriser la vie biologique du sol et de renforcer les taux de matière organique.

Les tunnels maraîchers sont recouverts de bâches plastiques semi-transparentes qui leur confèrent leurs propriétés, puisqu’elles délimitent l’intérieur du tunnel et l’isolent du milieu extérieur, ce qui permet l’apparition du micro-climat maîtrisable favorable aux cultures. Ces bâches ont une durée de vie de 4 à 5 ans et sont considérées comme des biens amortissables durant leur fonctionnement, au cours duquel elles sont soumises à un certain nombre d’agressions (pluie, vent, soleil, coups de binettes malencontreux, etc.) qui détériorent leur qualité (perte d’étanchéité, filtration des rayons du soleil, etc.). Afin de conserver les caractéristiques des tunnels maraîchers et de produire dans de bonnes conditions, il est donc nécessaire de renouveler les bâches au bout d’un certain temps.

Depuis 2017, quatre des sept tunnels de l’exploitation sont en très mauvais état : les tunnels 1 et 3 (Nord-Ouest) ont été bâchés longtemps auparavant, et les bâches ont pris une teinte jaunâtre et ne filtrent plus la lumière de manière optimale, et les tunnels 1, 3, 5 et 7 (Sud-Ouest) ont été fortement endommagés par le Mistral, dégâts qui ont été encore aggravés lors de la période de Noël 2018. Jusqu’à présent, les cultures étaient restées confinées dans les tunnels 2 (aubergines), 4 (salades) et 7 (courgettes puis salades), mais l’assolement prévisionnel 2019 prévoit l’utilisation des tunnels 3, 5 et 7 au cours de l’été. Il était donc impératif de remettre les tunnels en état avant le printemps.

La préparation des travaux
Afin de rebâcher dans de bonnes conditions, et ainsi, faire un travail de qualité qui assurera la durabilité des bâches dans le temps, quelques étapes préalables sont requises. Tout d’abord, il paraît évident qu’il faut retirer les anciennes bâches subsistant après le Mistral. Elles sont donc découpées au cutter et déplacées en bout de rangée. C’est l’affaire de quelques heures.

Avant/après, tunnels 7 (gauche) et 5 (droite)

Cela fait, il reste encore de grandes quantités de plastique autour des tunnels puisque les extrémités des bâches sont enterrées. Il faut donc ouvrir des tranchées de part et d’autre du chaque tunnel poux extraire les résidus. Heureusement, la minipelle, matériel que possèdent en commun l’Exploitation Agricole, le lycée La Ricarde et le lycée Pétrarque est encore présente sur le site d’Avignon, ce qui dispense de creuser à la main.
Ouverture des tranchées à la minipelle... occasionnant quelques casses dans le système d’irrigation

Les tranchées sont rebouchées aussitôt pour permettre le passage d’outils de travail du sol, qui permettent de préparer le sol aussi finement que possible en prévision de la venue de la rigoleuse, dont le rôle est crucial au cours du bâchage. Cette machine étant un outil fragile mais essentiel, le sol doit être aussi meuble que possible sur une profondeur d’environ 40cm. Dans cette optique, nous préparons le sol à l’intérieur et à l’extérieur des tunnels avec un outil qui permet en temps normal de travailler l’inter-cep des vignes, grâce à laquelle nous éliminons de nombreuses adventices situées sur la structure du tunnel, puis nous passons le griffon et la herse rotative autant de fois que nécessaire pour obtenir le résultat souhaité.

Dans l’ordre : sol après passage de l’outil inter-cep ; Marjolaine passant le griffon ; aspect du sol après passage de la herse rotative

Bâchage des tunnels
Ces premières étapes nous ont occupé du vendredi au mercredi de la semaine suivante. Le jeudi, nous nous sommes rendus sur le domaine Saint-Paul de l’INRA PACA, qui avait accepté de nous prêter la rigoleuse. le technicien du GRAB a accepté de nous aider à la mettre en route et de nous superviser sur l’ensemble du chantier de bâchage. En premier lieu, des tranchées ont été ouvertes avec la rigoleuse de chaque côté du tunnel que nous avons bâché. Le chantier a débuté par le tunnel 7 puisqu’il était le tunnel le plus accessible, une fuite ayant provoqué un important bourbier entre les tunnels 5 et 7.

Dans l’ordre : détail de l’arrière de la machine ; le tracteur Massey Ferguson au travail ; et résultat du passage de la machine derrière le tunnel 7

La première bâche est placée "le plus loin du vent". Dans notre cas, les tunnels étant orientés NO-SE, et le Mistral, vent dominant, étant un vent du nord, nous avons donc commencé par positionner la bâche située au Sud-Est. Les bâches des extrémités des tunnels sont larges de 6,50m au lieu de 4,50m des bâches situées dans la longueur du tunnel. A ce titre, elles sont beaucoup plus lourde. La technique pour les passer par dessus le tunnel consiste donc à accrocher une ficelle autour d’une extrémité de la bâche, à lancer la ficelle par dessus le tunnel, et à tracter la bâche grâce à la ficelle depuis l’autre côté du tunnel, tout en prenant garde à ne pas accrocher et déchirer la bâche.

Francine Gascoin, enseignante en agronomie à La Ricarde, tirant la bâche par dessus le tunnel

La bâche est ensuite plaquée dans le fond de la tranchée de chaque côté du tunnel, puis partiellement recouverte de terre. Cette première couche de terre permet de lester la bâche pour la tendre : quatre personnes sont situées aux quatre coins de la bâche et secouent les pans de bâche en essayant de projeter la terre vers l’avant. En glissant, la terre tend la bâche dans le fond de la tranchée. Une fois cette étape réalisée, un maximum de plis sont effacés en tendant la bâche aux quatre extrémités, la longueur de bâche restante est repliée dans le fond de la tranchée et entièrement recouverte de terre. Ces étapes s’effectuent à la main et à la pelle. Ensuite, une nouvelle bâche est déroulée de part et d’autre du tunnel depuis son sommet, de façon à recouvrir la première bâche qui a été positionnée. On procède de la même façon que précédemment pour la tendre dans le fond des tranchées.

Dans l’ordre : Marjolaine tentant de hisser une bâche au sommet du tunnel et refusant l’aide de Jean-Baptiste dont elle a manifestement besoin ; une bâche partiellement recouverte de terre après avoir été tendue ; Jean-Baptiste tirant sur la bâche afin d’effacer les plis

Une fois la dernière bâche posée de la même façon que l’avait été la première, la rigoleuse est passée une nouvelle fois le long du tunnel. Les réglages sont effectués de façon à ce qu’elle projette la terre issue de la tranchée le long de la bâche, afin de la tendre davantage. Un aller-retour avec le tracteur réglé en voie large permettra par la suite de tasser le sol au plus près de la bâche, sans craindre de basculer le tracteur dans la rigole.


Passage de la rigoleuse le long du tunnel

Les toutes dernières étapes consistent à découper le surplus de bâche aux extrémités des tunnels pour dégager les entrées, et à fixer les bâche aux arceaux pour limiter un maximum les prises au vent. Une fois cela fait, le tunnel est terminé pour de bon. Le chantier de bâchage aura pris une bonne journée, de l’ouverture des tranchées aux derniers coups de pelle, et aura nécessité le travail de cinq personnes. Ce chantier n’aura sans doute pas été le chantier de bâchage de tunnel le plus efficace et le tunnel ainsi obtenu n’est certainement pas le tunnel le plus tendu de la région, mais malgré les quelques accros (les ouvrants sont mal situés par rapport aux arceaux, sans que cela gêne leur ouverture), ce travail fastidieux aura eu le mérite de nous doter d’un tunnel parfaitement fonctionnel et prêt à accueillir les courgettes, et de doter la main d’œuvre de l’exploitation d’une nouvelle compétence qui nous garantit d’être autonomes sur ce type de chantier pour les prochains tunnels à bâcher !


Premier coucher de soleil sur le tunnel nouvellement bâché

L’exploitation tient à adresser ses remerciements chaleureux et sincères à toutes les personnes ayant aidé à la mise en œuvre de ce chantier : l’INRA, Abdel, Francine et Max.

Liens externes
Site internet du GRAB : https://www.grab.fr/
Site internet de l’INRA PACA : http://www.paca.inra.fr/


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