Installation de nichoirs pour Chauves-Souris

jeudi 21 mars 2019
par  DEA
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A la nuit tombée il est possible de voir de nombreuses chauves-souris voler sur l’exploitation. Leur caractère d’espèce auxiliaire des cultures est à présent bien reconnu grâce à leur consommation importante d’insectes. L’exploitation a donc décidé de favoriser leur installation en aménageant des nichoirs à disposer dans les haies.

Au cours de son stage en 2018, Margot Galley, élève en terminale GMNF (Gestion des Milieux Naturels et de la Faune) a eu pour mission de construire deux nichoirs à chauves-souris à mettre en place dans l’exploitation. Ils ont été installé aujourd’hui dans la haie de cyprès de la parcelle en agroforesterie, à moins de 100 mètres de la parcelle de pommiers.

Les nichoirs ont été installées aux endroits figurés sur la carte par des croix rouges

Ci-dessous, vous pourrez lire l’article rédigé par Margot au cours de son stage, présentant l’espèce de chauve-souris qui est la plus vraisemblablement présente sur l’exploitation, la pipistrelle (sans observation de plus près, il est cependant impossible de confirmer cette hypothèse), la façon d’attirer les chauves-souris et les intérêts d’avoir des chauves-souris dans une exploitation agricole. Un grand merci à elle pour son travail remarquable !

LA CHAUVE-SOURIS DANS L’EXPLOITATION : LA PIPISTRELLE COMMUNE (Pipistrellus pipistrellus)

Margot GALLEY
élève au lycée Professionnel Agricole La Ricarde Term GMNF

1. Description de l’espèce :

La plus petite chauve-souris d’Europe avec la pipistrelle pygmée (taille d’un pouce). Petites oreilles légèrement triangulaires, atteignant à peine le sommet du crâne. Tragus incurvé vers l’avant, arrondi à son extrémité, mesurant ½ de la longueur de l’oreille. Petits yeux. Queue totalement incluse dans l’uropatagium qui est non velu. Ailes plutôt étroites. Pelage dorsal et flancs brun plus au moins sombre, pelage ventral à peine grisâtre. Parties nues brun noir contrastant avec le pelage.

Dans la culture populaire, l’image de la chauve-souris peut être bénéfique ou maléfique selon les pays. A cause de leur aspect étrange et de leur vie nocturne et, par voie de conséquence, du mystère qui entoure leur mode de vie, elles sont souvent victimes d’idées reçues qui leur ont valu longtemps d’être persécutées par l’homme.

  • L’ouïe : La majorité des chiroptères se dirigent grâce à l’écholocalisation. C’est en 1791 que Lazzaro Spallanzani a démontré que, aveuglée, la chauve-souris pouvait encore se déplacer efficacement, mais rendue sourde, elle n’en était plus capable. C’est une protéine de l’oreille interne qui a muté au cours de l’évolution, qui permet à la chauve-souris de traduire en impulsion nerveuse les ultrasons qu’elle reçoit en écho. La plupart des chiroptères émettent des ultrasons par la gueule ou par le nez celui-ci à alors une forme adaptée en faisant vibrer leurs cordes vocales. Ces ultrasons, pouvant être émis dans une rafale sonore allant jusqu’à 190 cris par seconde, varient dans une fréquence entre 10 kHz et 120 kHz ils ne sont que très incomplètement perceptibles par l’homme qui ne perçoit les sons que pour les fréquences de 20 Hz à 20 kHz. Les oreilles, dont certaines peuvent être très grandes et pourvues d’un tragus*, servent de récepteurs.
  • La vision : Les chauves-souris ne sont pas aveugles et il semble qu’elles aient une vue bien adaptée aux conditions nocturnes. Elles peuvent être éblouies ou perturbées par l’éclairage artificiel extérieur. Les déplacements connus (dans les galeries pratiquées chaque jour ou lors d’approche de territoires de chasse parcourus régulièrement) sont alors effectués sans écholocation ou en espaçant considérablement les émissions d’ultrasons. Les émissions sonores nécessaires pour l’écholocation représentent en effet une dépense énergétique très importante et les chauves-souris peuvent de la sorte économiser leurs réserves énergétiques.
  • Le Comportement : Les mégachiroptères* sont surtout crépusculaires, ne se déplacent guère la nuit et se dirigent surtout grâce à leurs yeux et leur odorat. Les microchiroptères sont nocturnes et se servent surtout de l’écholocation pour chasser et se repérer la nuit. Les chauves-souris dorment en général 20 heures par jour, la tête en bas. Colonies de reproduction composées généralement de quelques dizaines d’individus avec femelles et mâles immatures. Les mâles adultes sont solitaires à cette période. Individus isolés ou petites colonies mixtes (10-20 individus) durant l’hibernation. Gîtes de reproduction et d’hiver : interstices dans des bâtiments, cavités d’arbres.

Le sommeil d’une chauve-souris

  • L’Alimentation : Les mégachiroptères se nourrissent de fruits de fleurs et de pollen. Les Microchiroptères se servent de l’écholocation pour trouver leur nourriture. Leur régime alimentaire est très varié, Mais provient essentiellement du « plancton aérien * ».
  • Quand et où les observer : Principalement nocturne, mais peut sortir bien avant le coucher du soleil. Hiberne de Novembre à Mars. Difficile de les observer à cette période. Toutefois, se réveille parfois en plein milieu de l’hiver pour changer de gîte ou chasser. La chauvesouris la plus souvent vue car très commune, par exemple près des lampadaires. Difficile toutefois à identifier avec certitude en vol. Observation possible en sortie de gîte de reproduction au crépuscule quand on connaît un bâtiment occupé.

Chauves-souris sortant chasser leur repas du soir

  • L’Habitat : En Europe, les chauves-souris utilisent deux types de gîtes : un pour l’hiver, une cavité sombre sans courant d’air avec une température et surtout une hygrométrie stable, où se mêlent mâles et femelles de plusieurs espèces pour hiberner suspendues au plafond. Et un pour l’été, dans les fissures de mur, toit, pont, cave ou écorce d’arbre.
  • Les Prédateurs : Étant donné leur mode de vie, les chiroptères comptent peu de prédateurs mais on en retrouve chez les oiseaux, les mammifères, les reptiles (serpents) et même chez les arachnides. En Europe, ces animaux sont occasionnellement la proie de rapaces, de serpents et, plus régulièrement, de chats.

Gîte à chauve-souris (Etats-Unis)

* Écholocalisation ou écholocation : Consiste à envoyer des sons et à écouter leur écho pour localiser et identifier les différents éléments de son environnement.
* Le tragus : Le pavillon de l’oreille, ou pavillon auriculaire, est la partie la plus visible de l’oreille externe. Il permet de mieux capter les sons et participe à la qualité de l’audition.
* Mégachiroptères : Nom de sous-ordre donné aux grandes chauves-souris frugivores* et nectarivores* qui forment la famille des ptéropidés (roussettes).
* Frugivores : Qui se nourrit de fruits.
* Nectarivores : Qui se nourrit de nectar.
* Crépusculaires : Relatif au crépuscule : lueur crépusculaire.
* Plancton aérien : Le plancton aérien est l’équivalent aérien (atmosphérique) du plancton marin.

2. Pourquoi sont-elles menacées ?

La Pipistrelle commune porte bien son nom : c’est de loin la plus courante de nos chauves-souris. Mais pour combien de temps ? Les scientifiques du Muséum National d’Histoire Naturelle, grâce à un programme de science participative, ont constaté son déclin ainsi que celui de tout un ensemble de chauves-souris non cavernicoles. Les dangers sont nombreux entre la destruction des gîtes, les pesticides qui empoisonnent et diminuent les ressources alimentaires et la collision avec les voitures, toujours plus nombreuses à circuler la nuit. Mais un nouveau danger est apparu dans le ciel ces dernières années : les éoliennes. La pipistrelle commune est, en France, la première victime de leurs pales. C’est la deuxième en Europe après la noctule commune.

  • Les causes possibles : Les raisons de ce déclin sont multiples et semblent, directement ou indirectement, être liées à l’activité humaine :
    • L’utilisation immodérée des pesticides et autres produits phytosanitaires provoque d’une part la raréfaction et la banalisation de la faune.
    • Il est possible que l’exposition à de nombreux polluants et substances chimiques connues pour être reprotoxiques* ou perturbateur endocrinien chez d’autres espèces et une perte de diversité génétique.
    • La fragmentation forestière* par les infrastructures ainsi que la fragmentation écologique des zones humides ou de territoires antérieurement sauvages est également responsable du déclin des chiroptères.
    • Le tourisme.
    • Les déflagrations d’armes à feu (de chasse, ball-trap ou d’exercice militaires), des feux d’artifices, des pétards utilisés près de leurs lieux d’hivernages ou de sommeil, ou des vibrations d’engins de chantiers peuvent les sortir de leur sommeil hivernal accélérant leur rythme cardiaque, augmentant leur température, et par conséquent les épuiser avant même le sortir de l’hiver.

* Reprotoxiques : Ces composés sont soit cancérigènes (pouvant entraîner un cancer), soit mutagènes (entraînant des mutations génétiques), soit toxiques pour la reproduction (pouvant entraîner entre autres des possibilités de stérilité). Certaines substances chimiques peuvent présenter plusieurs de ces dangers en même temps.
* Fragmentation forestière : La fragmentation des forêts désigne toutes les formes de fragmentation (physique et écologique) des habitats naturels forestiers.

3. Comment les protéger ?

La principale menace qui pèse sur les chauves-souris, reste cependant la destruction des gîtes de repos à la suite de travaux d’aménagements non appropriés.
En effet, depuis que l’homme construit des édifices, ces reines de la nuit logent derrière les volets, dans les greniers et les églises. « La grande majorité des chauves-souris se retrouve dans les bâtiments l’été pour mettre bas et élever les jeunes (un par an).

Il existe pourtant des solutions simples pour transformer les bâtiments tout en conservant une place aux chauves-souris.

  • Isoler les espaces réservés aux chauves-souris du reste du toit.
  • Prévoir un interstice de 8 mm pour laisser passer une pipistrelle
  • Éviter la laine de verre ou de roche et le polystyrène.
  • Réaliser les travaux à l’automne.
  • Bien vérifier les fissures de la façade et les combles le soir, après l’envol des chauves-souris.
  • Utiliser des techniques adaptés afin d’éviter l’intoxication des chauves-souris. Il faut éviter de se servir des produits polyvalents (à la fois insecticides et fongicides) car ils contiennent souvent des produits très toxiques.
  • Conserver des espaces pour les chauves-souris dans les greniers.

Dans le cas où vous ne savez pas si votre maison est habitée par des chauves-souris, un diagnostic s’impose. Ces petits mammifères sont très discrets. « Au moindre bruit, elles se cachent et il faut souvent faire appel au service d’un chiroptérologue pour s’assurer de leur présence et éviter, le cas échéant, la mort d’individus murés vifs.

4. Favoriser l’installation des chauves-souris chez soi.

Enfin, si vous souhaitez réellement favoriser l’installation de chauves-souris, vous avez la possibilité de construire des gîtes artificiels sur la façade de votre maison. En Ariège, la fédération Rénova, qui travaille pour la réhabilitation du patrimoine fruitier, s’est engagée dans cette démarche de protection. « Notre but est de sauvegarder les variétés fruitières locales qui font la richesse d’un terroir, mais aussi de préserver et de cultiver la biodiversité », souligne Francis Michaux, président de la fédération.
L’augmentation de ces mammifères peut être bénéfique pour le verger, car ce sont de grands consommateurs d’insectes. « Il serait intéressant pour nous – continue le président de la fédération – que les chauves-souris mangent la carpocapse, un papillon nocturne qui pond dans les pommes. Mais il en faudrait énormément pour cela ».

Gîtes à chauves-souris en Ariège.

5. Comment construire son propre gîte à chauves-souris ?

Leur habitat est menacé. De moins en moins de lieux existent en ville pour leur offrir un gite. Construire un nichoir pour les accueillir est donc bien plus qu’un simple amusement, c’est un geste vital pour la pérennité de ce mammifère volant. Alors à vos outils, et bon bricolage !

Plan de construction d’un gîte à chauve-souris

  • Type de bois : Epais (2cm au moins) et résistant (il doit permettre au nichoir d’être étanche et isolant aux variations de températures.
  • Règles à respecter pour le bois : Ne jamais peindre ou vernir le bois (intérieur et extérieur). Les solvants et vernis seraient nocifs pour les occupants.
  • Orientation : En règle générale, il est conseillé de placer le nichoir direction Sud Sud-est, à l’abri de la pluie, d’un soleil direct trop puissant et du vent. Personnellement le nichoir que j’ai installé est orienté à l’est, sous la corniche de mon toit.
  • Hauteur minimum du nichoir par rapport au sol : 4 à 5 mètres.
  • Ouverture : L’ouverture doit se situer sur le bas du nichoir et ne dois pas dépasser 1.5 à 2 cm de largeur. Si l’ouverture est trop grande, le nichoir sera délaissé.

6. Quel intérêt pour l’exploitation ? :

La chauve-souris est insectivore, elle se nourrit de diptères dont de nombreux moustiques, papillons de nuit, coléoptères. Et d’un point de vue sanitaire c’est très positif, car l’exploitation étant située dans les alentours de la Durance, avec de nombreuses zones humides. Les moustiques sont nombreux dans ce genre d’habitat. Par ailleurs les moustiques sont des transmetteurs de maladies, tels que le Zika, la Denga, …etc. Mais aussi d’un point de vue écologique, car les chauves-souris se nourrirons des ravageurs biologiques de l’exploitation et cela permettra de ne pas traiter les productions maraichères qui y sont cultivées aux abords de la ripisylve*.

* ripisylve : Végétation en bordures de cours d’eau.

Sources :


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